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CONAPAC RDC

Elections 2023 : Des candidats adhèrent à la Charte paysanne électorale

CHARTE PAYSANNE ELECTORALE

ACTE D’ENGAGEMENT

Symbolique cérémonie que celle tenue le jeudi 7 décembre 2023 dernier à Kinshasa au cours de laquelle la CONAPAC a fait adhérer un groupe de candidats à la députation nationale et provinciale aux élections du 20 décembre prochain à l’idéal de la promotion de l’agriculture familiale.

A cette occasion, les « futurs députés » ont signé l’acte d’engagement à travers lequel ils se sont engagés, au cas où ils seraient élus, en leur qualité d’acteur politique, et en âme et conscience, «  à déployer toute mon énergie pour la protection et la défense des intérêts des petits producteurs agricoles, ainsi que la promotion de l’agriculture familiale, en menant des plaidoyers et en posant des actions concrètes entre autres de faire  au moins deux fois par an, un état des lieux d’avancement de leurs actions en faveur de la promotion de l’agriculture familiale.

Voilà un geste qui conforte les communautés paysannes qui représentent en République Démocratique du Congo au moins 70 % de la population nationale dans leur détermination à opérer des choix judicieux et non passionnels des prochains animateurs politiques à tous les niveaux pour les cinq années à venir.

En fait, cette activité consacrait le lancement de la campagne de sensibilisation de différents candidats et aussi des paysans, opérateurs agricoles œuvrant dans l’agriculture Familiale autour de la Charte Paysanne Electorale.

Produite lors de la table ronde nationale des Organisations des petits producteurs agricoles du Congo réunis autour du thème : « Agriculture familiale : Enjeu électoral en RDC » du 14 au 16 mars 2016 à Kinshasa, la Charte Paysanne électorale est un document qui veut renforcer la prise de conscience du paysan quant à la portée de son pouvoir sur les mandats électoraux.

Consolider la solidarité paysanne dans l’exercice effectif de son influence sur l’électorat et obtenir l’adhésion des candidats aux élections à la réalisation effective des objectifs de promotion de l’agriculture familiale. Obtenir l’adhésion et l’engagement des paysans à influencer sérieusement les futurs décideurs sur la nécessité de soutenir et promouvoir l’Agriculture familiale …. Tels sont les objectifs assignés à cette « bible électorale » par les paysans qui posent, au travers l’article 4 de la Charte, les critères de l’éligibilité de tout candidat qui veut bénéficier de leurs suffrages. Celui-ci devra avoir un projet de société clair et énoncé en faveur de l’Agriculture familiale applicable en cas de son élection ; présenter les éléments concrets et détaillés de sa politique auprès de la communauté paysanne en vue de leurs annexions à son acte d’engagement ; accepter de signer un acte d’engagement avec la masse électorale paysanne. La CONAPAC promet de poursuivre cette campagne même après les élections, cette fois-là auprès des nouvelles autorités parlementaires.

QUEL DISCOURS ELECTORAL POUR LAGRICULTURE ?

Tout le monde sait que l’agriculture familiale reste le parent pauvre malgré l’approbation de la décennie de l’agriculture familiale par le Gouvernement congolais. La vraie réalité est que le budget national destiné au secteur agricole et rural n’a jamais dépassé les  3% et pourtant la déclaration de Maputo  a prévu d’accorder au moins 10%  du budget à ce secteur ; la loi portant principes fondamentaux relatifs à l’agriculture agricole n’est pas opérationnelle faute des mesures d’application ; l’insécurité foncière due aux menaces  d’accaparement des terres des communautés locales, à la spoliation, à la discrimination de l’application du code minier, à l’absence de l’harmonisation du code minier et forestier . Et l’on note également une absence et une dégradation des infrastructures socio-économiques de base (routes de desserte agricole, les entrepôts de stockage, les marchés des produits agricoles,…) en plus de la multiplicité des taxes, des barrières et des tracasseries administratives et policières. Conséquence : la RDC reste toujours tributaire de l’étranger sur le plan alimentaire. Au moins 2 milliards de dollars sont investis dans l’importation des produits alimentaires comme le maïs, les surgelés (poulets, poissons) et autres.

Ce tableau n’augure nullement un avenir radieux pour l’agriculture congolaise malgré les atouts que détient ce pays au plan humain, hydrographique, climatique et terres arables.

Les lignes qui suivent nous présentent les approches politiques sur l’agriculture en RDC de deux poids lourds candidats les plus en vue pour l’élection présidentielle du 20 décembre prochain à savoir le Président sortant Felix Tshisekedi et M. Moise Katumbi, gouverneur honoraire de l’ancienne province cuprifère de Katanga. Celui-ci ayant bénéficié des rapprochements des autres candidats comme le prix Nobel de la paix Denis Mukwege, et l’ancien premier ministre Matata Ponyo, principal instigateur du projet Parc agro-industriel de Bukanga Lonzo.

Felix Tshisekedi :  la revanche du sol sur le sous-sol

Pour lancer sa campagne, le président Tshisekedi a publié une note intitulée “Lettre à mes compatriotes” dans laquelle il prend six engagements pour l’amélioration des conditions de vie des populations. Notamment, la création de plusieurs emplois pour les jeunes universitaires congolais, l’amélioration du pouvoir d’achat, la sécurité de l’intégrité territoriale, l’économie pour tous les congolais, l’accès aux services de base, l’efficacité de services publics.

Dans cette note, l’agriculture ne ressort pas vraiment comme un pilier stratégique. Doit-on comprendre qu’elle est diluée dans différents engagements. Par exemple, en disant que la protection de pouvoir d’achat va prémunir les Congolais contre les aléas des prix face à l’importation et aux variations du taux de change afin d’assurer la qualité, la stabilité et la dignité de la vie à chaque personne.

Toujours collé à son slogan : « Revanche du sol sur le sous-sol », le candidat Tshisekedi promet de faire de l’agriculture le fer de lance de l’autosuffisance alimentaire ou encore mettre fin à l’exode rural en promouvant le paysannat, jeter les bases de l’économie solidaire pour promouvoir des coopératives agricoles, orienter la recherche agronomique vers l’agriculture biologique, etc. Le plus intéressant reste aussi la promesse du Président de poursuivre son chantier de 145 territoires avec cette fois –ci focus très accentué sur les routes de desserte agricole.

Moise Katumbi : pour une réduction substantielle des importations des produits alimentaires

Pour sa part, le candidat Moise Katumbi a présenté son programme dénommé « Alternative 2024 pour un Congo uni, démocratique, prospère et solidaire », un ambitieux programme avec lequel il compte mobiliser 141 milliards de dollars dans cinq ans avec ce projet de réduction substantielle des importations, surtout des produits alimentaires, avec l’augmentation de la production intérieure consécutive à la transformation structurelle de l’économie congolaise, notamment dans le sous-secteur de l’agroalimentaire.

Ce programme a comme objectif d’« améliorer la production, la productivité et la compétitivité des produits agro-pastoraux afin d’assurer la sécurité alimentaire, augmenter le revenu des producteurs et du gouvernement, et améliorer la balance commerciale agricole en réduisant les importations et en augmentant les exportations. Axé autour de treize actions majeures, cet amas de promesses insiste sur : « le développement d’une agriculture contractuelle associant les entreprises commerciales à l’agriculture paysanne avec une implication progressive d’investisseurs privés dans une approche chaine des valeurs »

En effet, Moïse Katumbi prévoit d’encourager l’émergence des fermes familiales et aussi des agropoles pour booster la production agricole. Minier de son état, l’homme d‘affaires katangais compte s’appuyer sur les revenus miniers pour doter la RDC d’infrastructures modernes, et transformer l’économie et à la diversifier, notamment dans l’agro-industrie, afin de nous préparer aux lendemains sans mines ».

Les paysans espèrent

Tout compte fait, cet exercice d’immersion dans les différents discours et programmes des candidats fait dégager le constat que l’agriculture n’a pas suscité autant d’attention comme les paysans le souhaitaient. Les producteurs agricoles espèrent obtenir plus des moyens pour produire localement plus en vue de faire la promotion du Consommons congolais.

Bien plus, la sécurité territoriale reste un souci permanent pour que les paysans, surtout ceux de l’Est de la République, qui peinent à retrouver leurs champs dans la paix. De même, la création d’une économie diversifiée, plus créatrice d’emplois et de revenus stables et croissants devra booster le travail des producteurs agricoles grâce à l’amélioration du climat des affaires, des infrastructures de base et du système financier favorisant la transformation des produits agricoles. On espère que l’accès aux services de base permettra aux paysans ruraux d’accéder à l’eau et à l’électricité, etc.

« Trop de bruits mais peu de vraies paroles durant cette campagne électorale, commente un paysan qui espère que ces promesses seront matérialisées !  Voyons voir !

Emmanuel KOKOLO